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L’oralité n’est pas un service d’animation

Photo du rédacteur: Anne-Gaël Gauducheau
Anne-Gaël Gauducheau
il y a 2 jours
2 min de lecture

Les arts de l’oralité sont portés par des professionnels. Des artistes, des chercheuses, des programmateurs, des directrices artistiques, des technicien-nes,bdes équipes qui ont acquis des compétences, construit une pensée, élaboré des répertoires, accompagné des artistes et inventé des projets pendant parfois vingt ou trente ans.

Ils ont donc — quelle étrange idée ! — un avis sur ce qu’ils font.


Ils sont parfaitement capables de collaborer. Ils le font même énormément. Avec des collectivités, des écoles, des associations, des habitants, des amateurs, d’autres artistes, des lieux, des territoires.

Les cultures orales savent particulièrement bien fabriquer ces circulations.

Mais collaborer ne signifie pas renoncer à l’âme d’un projet.

S’adapter ne signifie pas devenir interchangeable.


Et répondre aux transformations du monde ne signifie pas passer son temps à courir derrière ce que les institutions, les financeurs ou les algorithmes ont décidé cette année de rendre désirable.


Car une autre transformation silencieuse du métier s’est produite : nous passons un temps considérable à prouver que nous travaillons, au lieu de travailler.


Il faut communiquer. Alimenter les réseaux sociaux. Produire des images. Des vidéos. Des newsletters. Raconter le projet avant de l’avoir fait, pendant qu’on le fait, après l’avoir fait. Montrer les coulisses. Compter les publics. Fournir des indicateurs. Faire savoir que l’on existe pour avoir une chance de continuer à exister.


Bien sûr qu’un projet artistique doit pouvoir être raconté et partagé. Bien sûr que nous avons besoin de rencontrer nos publics.

Mais l’essentiel du travail d’un artiste n’est pas de communiquer sur son travail.

L’essentiel du travail, c’est le travail.


Chercher. Écouter. Lire. Apprendre. Répéter. Transmettre. Se tromper. Recommencer. Rencontrer d’autres artistes. Connaître un répertoire. Travailler une voix, un instrument, une histoire. Passer parfois des années à acquérir ce qui permettra, un soir, d’improviser quelque chose qui semblera avoir surgi tout seul.

C’est même l’un des paradoxes magnifiques de l’oralité : plus elle paraît immédiate, plus elle peut reposer sur un travail invisible.


Celui qui entre dans une session et se met à jouer n’a pas appris les morceaux cinq minutes auparavant. La conteuse qui semble raconter comme si l’histoire lui venait à l’instant n’est pas simplement en train de « parler ». L’apparente simplicité est soutenue par des années de métier.


Et peut-être notre époque a-t-elle de plus en plus de mal avec ce qui ne se montre pas.

Le temps lent de l’apprentissage. La mémoire incorporée. Le savoir qui ne tient pas dans un dossier...


Je lis ce matin un article de presse sur la fermeture du Nouveau Pavillon et je suis un peu découragée.. parce c'est de cela aussi qu’un lieu comme Le Nouveau Pavillon/ Portevent était dépositaire: pas d'une expertise vivante à transmettre et à créer.















 
 
 

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